mercredi 22 juin 2011

Des biais et des faits pour se forger une opinion

Hier j'ai lu un article de la Harvard Business Review consacré à la prise de décision et comment celui qui doit décider peut essayer de déceler les biais de jugement dans les propositions qui lui sont faites (Article en Anglais). Ces biais de jugements peuvent être faits volontairement pour appuyer un argument que l'on veut "pousser" ou par intérêt personnel. Ils peuvent aussi, et c'est plus fréquent être inconscients et  dus à nos croyances, notre culture, nos opinions, etc. Dans cet article, il est aussi dit que si on peut s'entraîner à déceler les biais de jugement des autres, on n'a pratiquement aucun moyen de déceler les siens même si on est conscient que de tels biais existent.

Je pensais à cet article de la Harvard Business Review, quand j'ai lu, dans le dossier du Monde du 16 Juin sur la dépénalisation du Cannabis, deux articles situés côte à côte:
  • D'un partisan d'un assouplissement de l'usage des drogues douces "Au sein de la communauté Européenne, on observe que les sanctions applicables pour la consommation ou possession pour usage personnel ont été revues à la baisse....Le Portugal a opté, depuis 1999, pour une politique de décriminalisation. Son évaluation, dix ans plus tard, démontre qu'elle n'implique pas une augmentation des usages et...."
  • D'un opposant à la dépénalisation du Cannabis " Ne nous y trompons pas: si la consommation est dépénalisée, elle augmentera, car son accès sera plus facile"

Je peux comprendre des divergences d'opinion basées sur des systèmes de valeurs différents.
Par exemple, les méthodes proposées pour résorber un déficit budgétaire, ne seront pas les mêmes suivant le tendance politique de celui qui propose.
Mais j'avoue que j'ai de la peine à comprendre et admettre que on puisse utiliser des données et des faits différents alors que par nature ils devraient être les mêmes pour tous. Est ce du à ces fameux biais qui font que l'on voit le monde à travers le prisme des ses croyances et convictions?

Si quelque chose semble fonctionner quelque part, même un opposant  devrait admettre que cela fonctionne quitte à ne pas l'appliquer pour des raisons idéologiques, politiques, éthiques ou autres.
J'ai ma propre opinion sur le sujet, mais j'aurais admis aussi bien les deux discours possibles
  • "Dans tel pays la decriminalisation n'a pas entraîné une augmentation de la consommation mais nous avons néanmoins décidé de ne pas suivre cette voie pour telle et telle raison..." 
  • ou "Généralement, la dépenalisation du Cannabis semble avoir entraîné une augmentation de la consommation, mais nous pensons qu'il faut néanmoins le faire pour telles et telles raisons..."
Ce qui me perturbe c'est que les mêmes faits puissent être cités pour justifier des opinions divergentes -ou ce qui revient au même- que les faits ne soient pas recherchés et que les opinions restent du pur niveau du "bourrage de crane".

Dans ma carrière professionnelle, j'ai côtoyé une société industrielle qui avait mis en place une méthode d'approche et de résolution des problèmes. Il y avait un principe de base "Give me the facts". Avant toute discussion sur un problème, avant toute analyse et recherche de solutions, les données et les faits "indiscutables" étaient rassemblés et partagés ("Give me the facts") et seulement ensuite les discussions pouvaient commencer. 

Je rêve d'un Monde où les discussions politiques et de société seraient construites suivant le même principe.
Comment puis je m'intéresser à la vie de ma collectivité et me forger mes opinions quand j'entends un tel dire que le ciel est rouge et tel autre qu'il est vert? Au delà du sens commun qui me fait penser qu'il est globalement bleu (ou gris quand il y a des nuages), on est même capable, si on le souhaite, de mesurer la longueur d'onde absorbé par le ciel et d'en déduire "indiscutablement" sa couleur.

Mais comment me forger une opinion, si je ne connais pas les faits sur des sujets où je n'ai pas de connaissances particulières et où le sens commun n'est pas très utile?
J'ai un doute: serait ce volontaire? On dit que les faits sont têtus: peut être y-a-t'il une volonté délibérée de ne pas chercher les faits pour le cas où ils ils ne montreraient pas ce qui veut être "prouvé" et qui pour une large part est le fruit de nos biais?

Je viens de "tomber" sur un billet que j'ai écrit il y a quelques semaines, où j'évoquais déjà la difficulté à trouver les faits derrière les opinions. A l'époque j'avais écrit que grâce à Internet, on pouvait par soi même chercher les faits eux même (Billet comprendre la diversité des autres....). Cela reste vrai, mais demande beaucoup de temps et ne peut pas constituer une règle générale et donc ne remet pas en cause ce que j'ai pu écrire dans le présent billet.

Ce sera tout pour aujourd'hui. Vous pouvez arrêter la lecture de ce blog. Ciao, bonsoir.

P.S.1: Maintenant il y a une photo! (Un billet sans photos pour égayer la présentation? Ce n'est pas volontaire, mais je n'ai pas réussi à publier des photos sur le blog aujourd'hui. Si je trouve comment faire, je rectifierai le tir. Désolé)

P.S.2: Lu dans la rubrique Papier de Verre de la version électronique du Monde par  Hervé le Tellier "Des députés PS pour la légalisation du cannabis. J'espère que partout, des voix vont se dresser contre. Car on commence comme ça, et on finit par légaliser le tabac, voire l'alcool"

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